Public Enemies, Michael Mann
Avec Johnny Depp, Christian Bale, Marion Cotillard, Channing Tatum, Billy Crudup, Giovanni Ribisi, Stephen Dorff
Sortie le 8 juillet 2009

Encore un grand film de Mann, qui depuis Heat ne fait que des très grand film. Et pourtant, son style ne cesse d'évoluer, de s’affiner si bien qu’on ne le retrouve jamais ou on l’attendait. Après deux thrillers (Collateral, Miami Vice) très ancrés dans le monde contemporain, technologique, Mann fait marche arrière toute pour revenir au vieux film de gangster des années 30, avec reconstruction historique qui va bien (on connaît le sens du détail du réalisateur).
Si le film suit une trame classique, suivant les pas de Dillinger, Mann nous livre tout de même un film ultra-moderne qui dépasse le cadre de son sujet. Tout le film joue sur un double registre, sur des oppositions qui donnent toute la richesse au métrage. Au classicisme du héros, gangster à l'ancienne, respectueux d'un certaine éthique et d'un code de valeur vient s'opposer le modernisme des techniques des forces de police, sur le point de former le FBI. On a l’impression d’avoir à faire à un western mais dans les années 30. Le western classique s’intéressait à la naissance de la loi, Public Enemies s’intéresse à l’évolution de cette loi.
Le monde bouge autour de Dillinger, le crime et la police évoluent, mais lui reste fidèle à lui-même, harnaché à ses idéaux, comme il tentait de rester accrocher, dans la première séquence formidable, au bras de son mentor mortellement blessé et qu'il traîne le long de route.
Si le film peut paraître froid, par son choix risqué mais terriblement réussi d’image, il n’en laisse pas moins passer une multitude de grands moments d’émotions. Et pourtant, le visage de Johnny Depp reste impassible, sobre, mais tous passe dans le regard, capable de faire ressentir la violence autant que l’amour du personnage pour Billie Frechette (Marion Cotillard).
Et du coté de la loi, Dillinger trouve son double parfait en la personne de Purvis, bloqué entre son envie absolue d'arrêter Dillinger et des méthodes rugueuses du nouveau bureau qu'ils n'approuvent pas.
Le film, s’il se résumait à cela serait déjà une belle réussite, Michael Mann sachant au mieux filmer ses personnages, allant les scruter au plus près, à la manière d’un naturaliste, par d’innombrables gros plans, tous assez magnifiques avant de laisser éclater une image qui devient presque abstraite lors des scènes de fusillades comme celle dans les bois, de nuit. Mais il y a encore quelques autres scènes marquantes dans le film, ces évasions silencieuses, presque au ralenti. Le film enchaîne donc sur près de 2h20 sans aucune fausse note avant de finir en apothéose dans une magnifique scène ou il place littéralement son héros dans un cinéma.
Mais le film va plus loin. A travers cette période charnière, Mann nous parle de son pays, aujourd’hui, qui bascule dans le sécuritaire, dans la recherche du résultat quelqu'en soit les méthodes. Il peint le portrait d'une nation malade, incapable de reconnaître son ennemi, alors même qu’il se verrait comme un nez au milieu du visage. Un peu comme il serait impossible de voir en Michael Mann, le signe d’un grand cinéaste contemporain.